La société des chevaux

Article paru sur le site éleveurs.ca
Auteures :
Sandy Letarte,www.equincommunication.com
Claudia Parent, www.therapie-animale.com


Qu’il s’agisse de chevaux vivant en conditions de vie naturelles ou domestiques, tous les chevaux sont des animaux grégaires: c'est-à-dire qu’ils vivent en groupe. Pourquoi en sont-ils venus à adopter ce mode de vie et à organiser leur harde de façon bien définie? La réponse est simple : pour assurer leur survie et celle de leur descendance! Il s’agit là d’un besoin fondamental pour eux, au même titre que de manger et de boire, et il revient à l’humain de comprendre et de combler ce besoin dans la vie domestique...

Lorsqu’on parle d’organisation sociale chez les animaux, on pense souvent aux notions de «hiérarchie» et de «dominance». Dans le cas des chevaux, il est vrai qu’il existe une structure hiérarchique entre les différents membres d'une harde, mais nous la confondons souvent avec la hiérarchie qui règne chez les carnivores vivant en meute. Chez ces derniers, qui dépendent de la chasse pour pouvoir se nourrir, il y a une compétition permanente pour la nourriture, qui n'est disponible qu'occasionnellement et en quantité limitée. Ce n'est bien sûr pas le cas des chevaux, qui n'ont pas à chasser leur nourriture car ils la trouvent à volonté dans la nature. Leur hiérarchie sert donc à rester unis et à se défendre des prédateurs, et non à ramener l'ordre lors de la chasse et des repas.

Le concept de dominance, quant à lui, a souvent une connotation négative voire agressive lorsqu'on l'utilise, car il sous-entend un rapport de force. C'est entre autres ce qui a valu pendant longtemps aux chevaux d'être battus par l'humain sous prétexte qu'ils devaient se soumettre. Les recherches en éthologie équine démontrent que dans une harde de chevaux vivant en conditions de vie naturelles, les interactions et comportements entre chevaux sont plus souvent pacifiques (détente, toilettage, déplacements…) qu'agressifs (coucher les oreilles, mordre, ruer...).

Cela est plein de sens quand on y réfléchit, car pour que l'organisation soit efficace, les membres du groupe n'ont pas avantage à être en conflit ou à se blesser les uns les autres. Le calme et l'harmonie règnent donc bien davantage dans un groupe de chevaux stable que l'agressivité et la domination. De cette façon, la harde demeure unie dans ses activités ou lors d'une éventuelle attaque d'un prédateur... Chacun a son rôle à jouer et le fait de bon gré instinctivement pour le bien du groupe.

L'observation de comportements agressifs chez nos chevaux domestiques doit questionner sur leur bien-être tant physique que psychologique. Voici les 5 règles établies par le Farm Animal Welfare Council pour évaluer le bien-être d'un animal :

  1. Ne pas souffrir de faim ni de soif.
  2. Ne pas souffrir d'inconfort relié à des contraintes physiques.
  3. Être indemne de douleur, de blessure et de maladie.
  4. Être libre d'exprimer des comportements propres à son espèce.
  5. Être libre d'angoisse et de stress chronique.

Dans la nature, une harde de chevaux est normalement composée d'un étalon, de quelques juments et de leur progéniture de moins de deux ans. L'étalon veille à la protection du groupe, se tenant un peu en retrait des autres, prêt à intervenir en cas de danger (prédateur, étalon concurrent, etc.). Il travaille en étroite collaboration avec une de ses juments qui, par son caractère et une propension innée à assumer cette tâche, occupe le rôle de la «jument responsable» de la harde. Cette dernière s’occupe de faire régner l'ordre dans le groupe et engendre les déplacements pour trouver nourriture, eau, aire de repos, etc. Il est difficile de dire lequel occupe le rôle le plus important entre l’étalon et la jument occupant la position hiérarchique la plus élevée. Cela a mené à bien des débats dans la littérature. En réalité, leurs rôles se complètent, car ils travaillent en équipe et sont en constante communication. Ils évaluent ensemble les éléments nouveaux qui arrivent à proximité du groupe (ex. : nouveau cheval, humain, autre animal, etc.). C’est d’ordinaire la jument «responsable» qui va accueillir un nouveau venu, mais si elle soupçonne un danger elle fera signe à l’étalon de s’en occuper. Les autres membres du groupe se tiennent souvent autour d’elle et sont attentifs à ce qu’elle fait, prêts à suivre ses indications au besoin.

Il existe aussi à l’état naturel, des groupes exclusivement constitués d’étalons solitaires en attente de fonder leur propre harem de femelles. Il est intéressant de constater que dans la nature, un équilibre tend toujours à se créer. Ainsi, dans les groupes constitués de chevaux de même sexe, que ce soit en condition de vie naturelle ou domestique, un des individus occupera la position de l'étalon et un autre celui de la jument "responsable", selon leur propension innée à assumer cette tâche. L'observation des comportements mentionnés plus haut nous permettra de les identifier.

Avoir une organisation sociale est naturel chez le cheval, cela lui a permis de survivre en groupe depuis des millions d'années, et il en a besoin pour son bien-être mental. D'ailleurs, les chevaux ne se sentent pas brimés lorsqu'ils cèdent la place à un cheval plus haut qu’eux dans la hiérarchie. Ils respectent et ont beaucoup d’estime pour leurs dirigeants, car c’est eux qui assurent leur sécurité. Avec nos yeux d'humains, nous voyons souvent cela comme de l'injustice, mais en réalité c'est une tâche extrêmement lourde d'être le responsable d'un groupe de chevaux. Il est beaucoup plus facile et moins stressant d’être un cheval subalterne, qui lui peut se détendre et vaquer à ses occupations sans avoir la survie de tous sur les épaules. Il serait plus juste de voir un cheval dirigeant comme s'il s'agissait d'un véhicule prioritaire (ex. : ambulance), que nous laissons passer tout naturellement sans se sentir frustré pour autant. ‎

L'idée de «dominer» un cheval par la force est donc complètement erronée. Le cheval pourra vous obéir parce qu'il aura peur de vous, mais vous considèrera comme un individu déséquilibré et non comme son dirigeant! Il est cependant possible de créer avec lui une relation similaire à celle qu’il entretiendrait avec un autre cheval. D’ailleurs, c’est à ce point un besoin à combler chez lui qu’il cherchera naturellement à définir les rôles de chacun dans la relation humain-cheval, parfois même à notre insu! Le cheval, même domestiqué, demeure une proie, et son instinct grégaire a besoin de savoir vers qui se tourner en cas de danger, qui prendra les décisions, qui assurera sa protection... ou s’il devra assumer ce rôle par lui-même. En observant l’efficacité de la structure sociale des chevaux entre eux et la confiance et le respect qu’ils vouent à leurs dirigeants, il devient flagrant que certains chevaux ne se sentent pas rassurés auprès de leur propriétaire, qu’ils n’entretiennent pas une relation saine avec eux et que parfois cela peut même être dangereux...

Il est possible, en adoptant certains comportements et par le biais d’interventions spécifiques, de modifier la relation qu’on a avec notre cheval et de changer la vision qu’il a de nous. Être reconnu par le cheval comme son «leader» ne s'impose pas, c'est une relation qui se bâtit. Mais cela en vaut tellement la peine!

Pour savoir comment développer une relation saine avec votre cheval, n’hésitez pas à nous contacter!

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